Enseignante au département de Russe à l’Université de Haute Bretagne et doctorante à l’EHESS, Bella Ostromoukhova travaille sur le théâtre amateur des étudiants en Union Soviétique dans les années 1950-1960, et plus précisément sur la manière dont la forme de l’amateurisme était investie, instrumentalisée et transformée par les différents acteurs impliqués dans le théâtre estudiantin. Bella Ostromoukhova a suivi une formation d’abord littéraire, au sein de l’ENS LSH, avant de se former aux sciences sociales au cours de son DEA. Dans son travail, elle cherche à allier des analyses sociologique et littéraire.
Théâtre amateur d’étudiants dans le cadre d’un régime autoritaire
Dans l’Union Soviétique des années 1950-1960, le théâtre amateur des étudiants a connu un essor sans précédent : encouragé par les autorités en tant que moyen d’éducation artistique et de propagande du « mode de vie soviétique », il répondait également à un besoin d’expression de la part des étudiants eux-mêmes, qui obtenaient ainsi une scène et un public, mais qui étaient également amenés à intégrer une partie du discours officiel et à faire face à un ensemble de règles et d’interdits. La production qui résultait de ces activités apparaît donc comme le fruit d’une négociation entre plusieurs structures encadrantes, et, au-delà, entre des individus mus par leurs logiques d’action personnelles.
Sur l’exemple d’une troupe d’étudiants, qui a existé entre 1957 et 1969 à l’université de Moscou, et dont nous avons pu consulter les archives et interviewer plusieurs membres, nous allons exposer, étape par étape, les processus du choix de répertoire, du travail sur la pièce, de la diffusion et de la réception des spectacles. Nous montrerons, d’une part, les processus à l’œuvre à l’intérieur de la troupe : comment s’établissent les autorités au sein des pairs, comment se forgent les différentes identités (artistiques, politiques, nationales, de genre) des participants et en quoi cela influe sur l’élaboration des spectacles. D’autre part, on mettra en évidence les modalités de circulation d’idées et de consignes entre la troupe et les diverses institutions changées de l’encadrer, en montrant qu’il s’agit d’un processus complexe. En effet, les trajectoires de personnes encadrant ces activités induisent des interprétations différentes de ce que sont les normes à imposer. De plus, les membres de la troupe arrivent à instrumentaliser ces divergences, à domestiquer les instances qui les encadrent et à transformer les consignes qui leur sont données. On mettra également en évidence le rôle du public dans les choix esthétiques de la troupe.