Cette communication situe la question de l’art au cœur de la réflexion sur les pratiques théâtrales des amateurs. Depuis le XVIIIe siècle, le paradigme dominant en philosophie de l’art est l’esthétique et les historiens ont tendance à confondre art et esthétique. L’esthétique elle-même est un concept complexe, difficile à saisir dans sa dynamique et dans sa globalité. Deux choses, du moins, sont sûres :
1.il n’y a pas de qualités esthétiques théâtrales absolues - qui transcenderaient toutes les conjonctures (les goûts ne font que changer) ;
2.nous avons de multiples exemples historiques de spectacles « imparfaits » qui pourtant ont marqué leur époque et l’histoire et sont considérés comme des réussites artistiques majeures.
Sans nier l’importance de l’esthétique, il apparaît donc essentiel dans la réécriture générale de l’histoire du théâtre qui s’impose, de la resituer dans un ensemble complexe de convergences (parmi bien d’autres facteurs) qui font qu’une œuvre est ou non artistique et à quel degré.
À partir des travaux de philosophes et critiques d’art contemporains d’Amérique du Nord - Arthur Danto, Jerrold Levinson, Daniel Dumouchel et Noël Caroll -, je vais explorer dans cette perspective convergencielle le cas précis d’une troupe phare du théâtre amateur québécois – qui est aussi marquante pour l’histoire du théâtre du Québec en général – les Compagnons de Saint-Laurent. Cette étude de cas qui, je crois, pourrait s’élargir à de nombreuses expériences amateurs, consiste en une illustration des approches fonctionnelles, procédurales et historiques de la définition de l’art. Elle souligne aussi, vues sous cet angle, quelques différences fondamentales entre les pratiques des amateurs et des professionnels.