Historien de formation initiale, il a travaillé de 1994 à 2002 à l’écomusée de la Communauté Le Creusot-Montceau (Saône-et-Loire) pour lequel il a mené plusieurs enquêtes aboutissant à des publications et expositions. Il a soutenu en 2000 sous la direction de Jean Bazin une thèse d’anthropologie sociale de l’EHESS, consacrée à des trajectoires d’objets céramiques de l’industrie aux collections dans le bassin industriel du Creusot. Ce travail s’attache à considérer les objets dans la totalité de leur biographie, accumulation de charges symboliques et sociales qui ne se limite pas à l’attribution d’une identité immuable dont l’objet est doté lors de sa fabrication. Depuis 2003, il mène une enquête sur un autre type d’objet de patrimoine, en l’occurrence la célébration annuelle d’un martyre en Bourgogne. Le martyre de Sainte Reine fait chaque année l’objet de différentes célébrations dont le point d’orgue est la représentation d’une pièce de théâtre écrite en 1877 et jouée par les habitants du village d’Alise-Sainte-Reine costumés pour l’occasion. Ils interprètent la tragédie sur la trame d’une mise en scène élaborée par des acteurs professionnels dans les années 1940.
Thierry Bonnot anime, avec Bernard Müller un séminaire de l’EHESS organisé au Musée du Quai Branly (Paris) : « Mises en scènes et en récits, musées, lieux ».
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Ma proposition concerne une association entre théâtre et rituel, une tradition assez ancienne pour n’être pas considérée comme une invention, malgré les différentes évolutions enregistrées par l’événement au cours des dernières décennies. Il s’agit de la célébration du martyre de sainte Reine en Côte d’Or, à Alise-Sainte-Reine, village principalement connu pour être l’emplacement supposé du siège d’Alésia, qui a vu la victoire de Jules César sur les Gaulois de Vercingétorix. Ce dernier a depuis 1865 sa statue monumentale au sommet du mont Auxois qui surplombe le village, statue érigée sur ordre de Napoléon III.
La manifestation se déroule chaque année sur deux journées, les premiers samedi et dimanche du mois de septembre, la sainte Reine calendaire étant fixée le 7 septembre. Elle comporte plusieurs étapes à la fois distinctes et indissociables : célébrations religieuses, procession, exposition des reliques et représentation théâtrale s’inscrivant dans la continuité des mystères du moyen-âge. Les protagonistes des fêtes de sainte Reine sont des habitants du village, regroupés depuis vingt ans en association de loi 1901, mais héritiers de leurs ancêtres célébrant le martyre depuis le XIXe siècle. En costumes antiquisants –toges, braies gauloises, armures de légionnaires romains- ils suivent les cortèges, participent aux cérémonies et jouent une tragédie écrite en 1877 par un moine dominicain, revue et rééditée en 1939 par le prêtre de la paroisse qui relança les fêtes de sainte Reine en 1946. C’est principalement à la représentation de cette pièce en alexandrins que sera consacrée mon intervention, tragédie jouée par des habitants d’Alise qui ne se veulent pas acteurs amateurs, mais continuateurs d’un patrimoine dramatique et rituel. Nos recherches de terrain ont montré que la mise en scène actuellement exécutée a été introduite à Alise-Sainte-Reine par des acteurs professionnels, dans les années 1940, et transmise par quelques personnalités liées au théâtre de Dijon. Il nous faut aussi situer cet accompagnement artistique dans le contexte de l’installation en Bourgogne de Jacques Copeau, qui a assisté à certaines représentations théâtrales à Alise, notamment pour l’inauguration du théâtre en plein air. Nous verrons comment sont associés sur ce terrain religion, patriotisme, rituel et théâtre, et comment finalement ce qui se transmet de génération en génération relève du ciment communautaire, dans lequel le théâtre a joué un rôle certain.